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Dans
la rue, un joueur d’orgue s’est arrêté ;
C’est
un vieux mendiant, et sa main qui tremblote
Tourne
la manivelle en triturant les notes
D’un
vieil air d’opéra cent mille fois chanté.
Il
regarde un à un, sombres, mélancoliques,
Les
passants qui s’en vont en détournant les yeux.
L’orgue
joue en grinçant : « Éléonore, adieu ! »
Puis,
le vieillard s’éloigne en traînant la musique.
Le
voilà qui s’installe à quelques pas plus loin.
L’orgue
gémit encore la chanson du « Trouvère »,
Et
le joueur attend, musicien de misère,
Qu’on
lui jette les sous dont il a tant besoin.
« Éléonore,
adieu ! » La vieille main débile
Se
crispe, ankylosée à force de souffrir...
L’orgue
pleure toujours : « Je vais bientôt mourir ! »
Mais
personne ne jette un sou dans la sébile.
Tandis
qu’on s’enfuyait aux notes du vieil air,
Délaissant
le joueur et sa « boîte à musique »,
Moi,
je le comparais (l’idée est fantastique)
À
nous, les inconnus, à nous, faiseurs de vers.
Mendiants,
nous aussi, nous errons dans la vie
En
jetant aux passants la chanson de nos coeurs ;
La
foule nous écoute avec un air moqueur,
Puis
s’en va, dédaignant nos musiques ravies.
–
Ne chantons plus l’Amour ! Quel ennuyeux refrain !
Voilà
bien des mille ans que ce duo se chante !
Nous
sommes les derniers qu’un si vieil air enchante,
On
rit de nous déjà : que sera-ce demain ?
Votre
époque est passée, ô Laure ! ô Béatrice !
On
se moque de vous, Pétrarque, Alighieri !
Et
les seules chansons dont personne ne rit
Sont
celles du plaisir, de l’or, des bénéfices.
À
quoi bon plaisanter, mon rire sonne faux !
En
ce monde où l’argent est le dieu qu’on proclame.
Frères,
chantons encore la chanson de nos âmes,
Méprisés
si l’on veut, mendiants s’il le faut !
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